Le jugement concernant le jeu d'échecs dépend directement du fait qu'il soit considéré comme un jeu de hasard ou non. Les savants sont unanimes sur l'interdiction de tout jeu de hasard. En effet, dans le Coran :
« Ils t'interrogent au sujet du vin et des jeux de hasard. Dis : "Il y a dans les deux un grand péché, et aussi quelques avantages pour les gens, mais dans les deux, le péché est plus grand que l'utilité." »
Sourate Al-Baqara, verset 219
Dans l'école hanafite, jouer aux échecs est considéré comme makruh (déconseillé, blâmable). Le célèbre savant du fiqh, l'imam Marghinani (qu'Allah lui fasse miséricorde), écrit dans son ouvrage « Al-Hidaya » : « Jouer aux échecs, au backgammon, au jeu des quatorze (jeu pratiqué par les juifs) et à tout autre jeu est makruh. Car si de l'argent est misé, cela devient un jeu de hasard ; sans mise d'argent, cela reste un simple divertissement. De plus, ces jeux détournent du rappel d'Allah, de la prière du vendredi et de la prière en groupe. Le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) a dit :
« Toute chose qui te détourne du rappel d'Allah est un jeu de hasard. »
Al-Hidaya, 6/515-516
Cependant, selon l'avis de l'imam Abu Yusuf (qu'Allah lui fasse miséricorde), jouer aux échecs est mubah, c'est-à-dire permis (« Sharh Fath al-Qadir », Ibn Humam, 8/498). Plusieurs arguments soutiennent cette position.
Premièrement, il n'existe pas de preuve explicite interdisant le jeu d'échecs. En revanche, il existe des hadiths clairs interdisant le backgammon. Le Prophète (que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur lui) a dit :
« Celui qui joue au backgammon est semblable à celui qui trempe sa main dans la chair et le sang du porc. »
Bukhari, Muslim
Dans un autre hadith : « Celui qui joue au backgammon s'oppose à Allah et à Son Messager. »
Ibn Majah
Deuxièmement, des compagnons et des tabi'in tels qu'Ibn Abbas, Abu Hurayra, Ibn Sirin, Hisham ibn Urwa, Sa'id ibn al-Musayyab et Sa'id ibn Jubayr (qu'Allah les agrée) considéraient le jeu d'échecs comme licite.
Troisièmement, jouer aux échecs améliore la mémoire et la capacité de réflexion. Pour que le jeu d'échecs soit permis, l'imam Abu Yusuf pose les conditions suivantes :
ne pas en faire un jeu de hasard ;
ne pas perdre son temps inutilement ;
ne pas délaisser les obligations religieuses (« Hashiyat Ibn Abidin », 6/394).
Hassan AMANKOUL,
Journal « Munara », n°23, 2020
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