Les œuvres majeures de l’imam al-Maturidi
Les écrits d’al-Maturidi portent principalement sur le kalâm, le fiqh et la méthodologie.
Ouvrages sur l’exégèse et les sciences du Coran
«Kitâb Ta’wîlât Ahl al-Sunna» (ou «Ta’wîlât al-Qur’ân») : Il s’agit d’un commentaire du Coran. Plusieurs versions manuscrites existent.
Certains de ces manuscrits sont conservés dans les bibliothèques suivantes :
Bibliothèque Atıf Efendi, n°76, 77 (Turquie)
Berlin (Tübingen), n°4156 (Allemagne)
Bibliothèque Beşir Ağa, n°9 (Turquie)
British Museum, n°9432 ; Le Caire (Dâr al-Kutub), n°47 (Égypte)
Bibliothèque Köprülü, n°47, 48 (Turquie)
Bibliothèque Laleli, n°100 (Turquie)
Bibliothèque Nuruosmaniye, n°122, 123, 124 (Turquie)
Bibliothèque Ragıp Pacha, n°35, 36 (Istanbul/Turquie)
Bibliothèque Rashid Efendi, n°47 (Kayseri/Turquie)
Tachkent, n°5126, 5127 (Ouzbékistan)
Bibliothèque Yusuf Ağa, n°5552 (Konya/Turquie)
Ahmet III (Palais de Topkapi), n°28/1, 28/2 (Turquie)
Cet ouvrage est considéré comme le plus précieux commentaire du Coran d’al-Maturidi, qu’il qualifie lui-même de « ta’wîl du Coran ». Il y aborde, à l’occasion, des questions de croyance, réfute les opinions des innovateurs et expose ses arguments. Contrairement à d’autres savants classiques, il analyse chaque verset séparément et l’explique de manière rationnelle.
Tout en défendant l’orthodoxie sunnite, il critique les mushabbihah[1] et les mu’tazilites[2]. De nombreux chercheurs ont étudié cet ouvrage important, dont de nombreux manuscrits sont conservés dans les bibliothèques du monde, notamment 35 à Istanbul.
Le « Ta’wîlât al-Qur’ân » est aussi appelé « Ta’wîlât ahl al-Sunna ». Dans ce livre, al-Maturidi réfute les opinions contraires à l’orthodoxie sunnite à l’aide d’arguments rationnels et scripturaires (Coran et Sunna). Il ne se limite pas aux questions de croyance, mais traite aussi de jurisprudence, en suivant l’avis d’Abu Hanifa.
Des parties du « Ta’wîlât al-Qur’ân » ont été publiées en turc à Istanbul (par Muhammad Eroğlu en 1971), au Caire (par Ibrahim et Sa’id Awadayn en 1971, couvrant la Fatiha et les versets 1-141 de la sourate al-Baqara), à Bagdad (par Muhammad Mustafizur Rahman en 1983), et à Istanbul (par Bekir Topaloğlu et Ahmet Vanlıoğlu en 2003). Depuis 2005, un travail de recherche dirigé par Bekir Topaloğlu et Ahmet Vanlıoğlu vise à établir le texte le plus authentique à partir des différentes versions.
Des savants comme Abû Mu’în al-Nasafî, Abû Yusr al-Bazdawî, Ibn Abî al-Wafâ, Hâjjî Khalîfa et Murtadâ al-Zabîdî ont hautement estimé cet ouvrage.
Al-Maturidi y utilise une approche sémantique, expliquant le Coran par le Coran lui-même, et n’utilise comme seconde source que les hadiths authentiques. Il accorde une grande importance à la fiabilité des transmissions et rejette celles qui contredisent la raison. Par exemple, à propos du verset 67 de la sourate al-Baqara, il explique que la moquerie du peuple de Moïse (عليه السلام) était due à leur ignorance, et que Moïse répondit : « Je cherche refuge auprès d’Allah pour ne pas être parmi les ignorants ».
Al-Maturidi rejette le récit non authentique selon lequel Allah n’aurait pas précisé la couleur de la vache à sacrifier et que, s’ils avaient choisi la plus maigre, cela aurait suffi, mais qu’ils se sont compliqués la tâche, et Allah a donc rendu la chose difficile pour eux[3]. Cela montre son souci de n’utiliser que les hadiths authentiques.
Pour les récits concernant Moïse (عليه السلام) et d’autres peuples, il se limite aux hadiths du Prophète. S’il n’existe pas de hadith, il préfère s’en tenir au texte coranique. Il considère que les histoires des anciens peuples sont une preuve de la prophétie de Muhammad (ﷺ), mais que les récits douteux peuvent conduire à des interprétations erronées[4]. Il cite aussi le verset :
واَسْأَلْهُمْ عَنِ الْقَرْيَةِ الَّتِي كَانَتْ حَاضِرَةَ الْبَحْرِ
« Interroge-les au sujet de la cité qui était située au bord de la mer »[5]
Il précise que l’endroit exact n’a pas d’importance, sinon il aurait été mentionné dans le verset[6]. L’essentiel est la leçon à tirer du châtiment subi par ce peuple. Il rejette aussi les récits exagérés sur la chamelle miraculeuse de Sâlih (عليه السلام)[7].
Ces exemples montrent qu’al-Maturidi se montre très prudent envers les récits israélites (isrâ’îliyyât)[8].
Il estime qu’il n’est pas correct de présenter un hadith comme « soutien » à un verset, même si leur contenu concorde, tant que le hadith n’a pas été pleinement étudié. Ce principe reste pertinent aujourd’hui. Il cite en exemple le verset 204 de la sourate al-A’râf :
وَإِذَا قُرِئَ الْقُرْآنُ فَاسْتَمِعُواْ لَهُ وَأَنصِتُواْ
« Lorsque le Coran est récité, écoutez-le attentivement et gardez le silence. »
En commentant ce verset, il examine la question de la récitation du Coran par ceux qui prient derrière l’imam. Après avoir rassemblé de nombreux hadiths, il conclut que ceux qui prient derrière l’imam ne récitent pas les versets du Coran. Il précise que cela ne contredit ni le Coran, ni la Sunna, ni l’ijmâ’[9] des compagnons. Il ne rejette pas les récits qui autorisent la récitation, mais les considère comme concernant la prière individuelle. Il note que c’était aussi l’avis de Sufyân ibn ‘Uyaynah (198/814)[10].
En résumé, al-Maturidi cite d’autres versets du Coran pour appuyer ses explications, et utilise aussi les hadiths, mais seulement après les avoir étudiés en profondeur.
Ouvrages sur les fondements de la religion (usûl ad-dîn) et la méthodologie du fiqh (usûl al-fiqh)
Comme Abû Yûsuf (182/798), Abû Muhammad (189/805), et l’imam al-Shâfi’î (204/819), al-Maturidi a écrit sur la méthodologie. Voici quelques-uns de ses ouvrages :
«Kitâb Mahâzîsh Sharâ’i’ fî Usûl ad-Dîn»
«Kitâb Mahâzîsh Sharâ’i’ fî Usûl al-Fiqh» (appelé aussi «al-Musannaf fî Usûl al-Fiqh» par al-Nasafî)
«Kitâb al-Jadal fî Usûl al-Fiqh»
«Kitâb al-Usûl» ou «Usûl al-Fiqh»
«at-Tahdhîb fî Sharh al-Jâmi’ as-Saghîr»
Ouvrages sur le kalâm
«Kitâb Bayân Wahm al-Mu’tazila» (exposé des illusions des mu’tazilites)
«Kitâb ar-Radd Awâ’il al-Adilla li-l-Ka’bî» (réfutation de l’ouvrage « Awâ’il al-Adilla » d’al-Ka’bî)
«Kitâb Radd Tahdhîb al-Jadal li-l-Ka’bî» (réfutation de « Tahdhîb al-Jadal » d’al-Ka’bî)
«Radd Kitâb Wa’îd al-Fussâq li-l-Ka’bî» (réfutation de « Wa’îd al-Fussâq » d’al-Ka’bî)
«Radd al-Usûl al-Khamsa li-Abî Muhammad al-Bâhilî» (réfutation de « Les cinq principes » d’al-Bâhilî)
«Kitâb ar-Radd ‘alâ al-Qarâmita» (réfutation des Qaramites)
«Kitâb ar-Radd ‘alâ Usûl al-Qarâmita» (réfutation des fondements des Qaramites)
«Radd Kitâb al-Imâma li-Badr Rawâfid» (réfutation de l’ouvrage sur l’imamat de Badr Rawâfid)
«Kitâb al-Maqâlât» (livre des doctrines)
«Kitâb at-Tawhîd» (livre de l’unicité divine)
Le seul ouvrage d’al-Maturidi sur la croyance qui nous soit parvenu est le «Kitâb at-Tawhîd». Il n’en existe qu’un seul manuscrit, conservé à l’université de Cambridge. Le professeur Fathullah Khulayf, de l’université d’Alexandrie, l’a édité à Beyrouth en 1970. Cet ouvrage est précieux pour les informations qu’il donne sur la théologie ancienne. Al-Maturidi y expose de façon systématique les débats et questions complexes de son époque. Le chercheur allemand Ulrich Rudolph a souligné la valeur et la difficulté de ce livre, notamment sa complexité linguistique et son incomplétude, suggérant qu’il pourrait être encore plus vaste[11].
Hüseyin Sudi Erdoğan l’a traduit en turc en 1981. Bekir Topaloğlu et Muhammad Aruci l’ont réédité à Ankara en 2003. Malgré sa structure peu systématique, cet ouvrage montre la vaste érudition d’al-Maturidi en kalâm, exégèse, histoire des écoles, droit et méthodologie.
Ouvrages divers
«Wasâyâ wa Munâjât», écrit en persan, conservé à Istanbul (Fatih n°5426) et à Bursa (Hüseyin Çelebi n°1187/8). Il traite du soufisme, mais son attribution à al-Maturidi est incertaine.
«Aqâ’id Risâlasi». Mustafizur Rahman estime que ce n’est pas une œuvre d’al-Maturidi, mais une partie du commentaire d’al-Subkî sur l’« Aqâ’id ». Cependant, les manuscrits de Nuruosmaniye n°2188/2 et Laleli n°2411/2 montrent qu’il s’agit d’un ouvrage indépendant.
Saim Eprem, qui a adapté l’ouvrage d’al-Subkî en turc, note que ce texte a été attribué à al-Maturidi lors de la collecte de la doctrine maturidite, mais qu’il s’agit en réalité d’un auteur de l’école[12].
«Risâla fî at-Tawhîd», sur les noms et attributs divins.
«Sharh Fiqh al-Akbar», publié au Caire en 1907 et à Hyderabad en 1993. La première édition l’attribue à Abû Mansûr al-Maturidi, mais l’édition du Caire à Abû Mansûr Ismâ’îl al-Maturidi. Les chercheurs concluent qu’il ne s’agit pas d’une œuvre d’al-Maturidi[13].
«Sharh al-Ibâna ‘an Usûl ad-Diyâna»
«Jawâb as-Sâ’il», recueil sous forme de questions-réponses.
[1] Courant anthropomorphiste qui assimile Allah à Ses créatures.
[2] Courant qui accorde une importance excessive à la raison en matière de croyance.
[3] Al-Maturidi, Ta’wîlât, I/186-188 ; Ibn Jurayj rapporte d’Atâ’ : « S’ils avaient choisi la vache la plus maigre, cela aurait suffi. » Ibn Kathîr précise que la version authentique est celle transmise par Abû Hurayra.
[4] Al-Maturidi, Ta’wîlât, p.203a
[5] Sourate al-A’râf, v.163.
[6] Al-Maturidi, Ta’wîlât, p.214b.
[7] Al-Maturidi, Ta’wîlât, p.303a
[8] Isrâ’îliyyât : récits issus des Gens du Livre.
[9] Ijmâ’ : consensus des savants musulmans après la mort du Prophète (ﷺ) sur une question religieuse à une époque donnée.
[10] Al-Maturidi, Ta’wîlât, p.221a-222a
[11] U. Rudolph, Al-Maturidi et la théologie sunnite à Samarcande, pp.142-148.
[12] Tâj ad-Dîn al-Subkî, Risâla sur la croyance maturidite et son commentaire (éd. S. Eprem), Istanbul, 2000, p.95.
[13] A.J. Wensinck, Muslim Creed, pp.122-123.
Ce contenu a été rédigé avec l’aide de l’IA et relu par un éditeur.